Quelle chance, et quel bonheur nous avons de vivre en ce beau pays…
Mais devant le merveilleux spectacle de la nature, ne vous vient-il pas le désir d’en voir plus ? de connaître d’autres gens, d’autres peuples, d’autres civilisations ?
Le monde est vaste et nous tend les bras !
Pas le temps ? pas les moyens ?
Alors, venez avec moi…
partons ensemble à l’aventure,
car toute découverte n’est-elle pas une aventure ?
Embarquement immédiat !
Dimanche 2 septembre
Le sac est bouclé. A ne pas oublier, le tee-shirt à l'effigie d'Ingrid Bétancourt. Car je marche aussi pour faire connaître son combat.
Lundi 3
Le Puy-en-Velay
Cet après-midi, et puisque nous avons le temps de déambuler dans la ville (nous sommes arrivés peu après 15 heures), conversation avec deux dentellières qui travaillent sur le pas de leur boutique, à proximité du grand séminaire. Nous avons droit à la visite de leur magasin qui est aussi un petit musée avec des pièces uniques, de celles que l’on ne trouve plus. Surtout pas dans les collections Made in China ! Tout en visitant la petite boutique, nous prenons connaissance de quelques aspects de la vie locale. Dans laquelle la " béate " tenait une grande place. Une femme-orchestre qui assurait l’enseignement à une époque où il n’y avait pas de maîtres, qui organisait les festivités locales, assistait les mourants, faisait le catéchisme et le repassage, etc. Sûr, il fallait être sacrément béate pour en arriver là. Aux dires de la narratrice, ce furent pourtant des piliers de la civilisation rurale.
Mardi 4
Petit déjeuner au séminaire où nous avons passé la nuit (chambres à deux lits). Tout a été occupé, nous dit-on. Nous sommes donc arrivés à temps, hier après-midi. Certes, il y avait encore les hospitaliers, mais nous ignorions alors leur existence…
A table, Stéphanie, jeune Québécoise, nous dit vouloir rester une journée au Puy pour visiter la ville. Lui ayant exposé notre programme, elle se montre tentée par le raccourci via Bains.
Départ à 8 h 15. Le ciel est gris. Il fait frais, nous supportons la polaire.
A nos pieds, la ville, encore en léthargie, emmêle ses ruelles d’un autre temps.
Voilà, cette fois nous sommes partis.
On attaque aussitôt la montée. Coup d’œil vers la ville depuis les hauteurs qui la masqueront bientôt.
A La Roche, nous nous interrogeons sur l’itinéraire : pendrons-nous,
comme prévu, le raccourci de Bains, en quittant dès maintenant l’itinéraire ? Me sentant bien, pour ne pas dire que j'ai des ailes, nous décidons, par une première entorse à notre programme, de rester sur le circuit normal jusqu’à Montbonnet, soit un parcours de 15 km au lieu de 12. Cela s’avérera une erreur tactique, car nous aurions probablement eu des chances d’hébergement à Bains où passait jadis le chemin principal. Compostelle reste encore une aventure pour certains… dont nous sommes. Mais vraiment des oiseaux rares sur ce tronçon trop couru.
Nous nous arrêtons à midi dans une chaume proche de Lic, pour le casse-croûte au ras du sol.
C'est l'occasion de peindre le paysage environnant.
A l’arrivée à Montbonnet, déception : les deux gîtes sont complets. Au snack-bar où nous prenons un café, le patron nous offre son aide : il téléphone à 4 km de là, dans un gîte situé hors circuit, d’où l’on viendra nous chercher en voiture. On nous ramènera également demain matin.
Nous espérons que Stéphanie aura trouvé de la place à Bains parce qu’ici, nous dit-on, les gîtes trop petits sont toujours complets… Tous les lits sont pris d’assaut par des marcheurs qui ne veulent faire que de petites étapes et, de plus, réservent d’avance.
Après une bonne demi-heure nous nous retrouvons donc, contre notre gré, à Saint-Jean-Lachalm.
Mercredi 5
Réveil à 7 h. J'ai eu quelques difficultés à digérer mon trop copieux plat de lentilles… Départ à 8 h 30. A cause de l’avis général, et sur proposition (insistante) du patron, nous serons déposés au Chier. Cela nous évitera, dit-il, une descente très difficile, et un tronçon de 4 km sans intérêt. C’est son point de vue ! Ci-dessus, mon compagnon de route et aussi de vie depuis 38 ans...
Nous sommes sur le Chemin depuis 8 h 50. A cause d’une température " entre deux ", nous revêtons et ôtons successivement la polaire. Dans le sous-bois, le chemin pierreux met à mal nos muscles et nos articulations par ses montées et descentes, successives et pénibles.
Pause à l'église de Saint-Privat-d'Allier pour dessiner un détail à l'entrée de l'enfeu.
Chapelle castrale Saint-Jacques à Rochegude,rénovée en 1973
A Monistrol-d'Allier, un Américain soigne ses pieds devant le gîte, une femme dort à l’intérieur, roulée dans une couverture. Pas de service d’accueil à cette heure. Il est 13 h, le moment pour nous de casser une petite croûte, confortablement attablés devant le gîte. Il faut dire que la notion de confort étant relative, c’est le luxe pour nous de pouvoir prendre notre collation de midi à une table…
Jeudi 6
Au petit matin, Marcel descend acheter du pain et de la confiture. Vu les prix pratiqués pour les petits déjeuners, nous nous débrouillerons ainsi le plus souvent possible. Averti par des expériences précédentes, il a eu la bonne idée de glisser dans son sac quelques sachets de thé avant notre départ de Riom…
Après dissipation des brumes matinales, le temps semble vouloir s’améliorer. La montée reste difficile. A proximité du point haut, nous trouvons deux " marcheuses " assises sur une bille de bois. On pourrait les croire fatiguées, voire épuisées ; mais non, elles n’ont pas fait la grimpette ! Enfin… pas à pied. Ce sera pour une autre fois, nous assurent-elles. Bien sûr, nous les croyons volontiers…
Nous entrons à Saugues à midi sonnant. Je voudrais bien dessiner le clocher, mais y renonce, il fait trop froid dans le vent. Marcel fait une photographie du clocher de la collégiale Saint-Médard, contruite au début du 13ème siècle.
Vendredi 7
Nous quittons le gîte à 8 h sous un ciel gris. Nous sommes visiblement dans la partie " pâturages " de la France de Sully.
Le monde étant toujours aussi petit, un Anglais (plus de 70 ans) et l’Américain (65 ans) rencontrés précédemment nous rejoignent au gîte de Chanaleilles (qui dépend de l’auberge du village) où l’on nous attribue une chambre qui se serait libérée dans la matinée (un désistement, après réservation par téléphone portable sans aucun doute !).
Tandis que nous buvons une tisane dans la pièce commune, les deux hommes remplissent leur carnet de route…
La conversation s’engage néanmoins. L’Anglais nous dit alors être allé à Compostelle plusieurs fois, dont une en partant d’Arles. Cette fois-ci, il passera par le nord de l’Espagne, un itinéraire connu pour être plutôt sportif… Il a déjà " tracé " de Canterbury à Rome, à travers la France et la Suisse (il est catholique).
L’Américain espère tenir jusqu’à Conques, et si ses pieds le lui permettent, pousser même jusqu’à Figeac.
Samedi 8
Réveil à 6 h 45 pour devancer une importante tribu de Parisiens. Difficile de fermer le sac ce matin, comme s’il était plus chargé. La réserve alimentaire sans doute.
A 7 h 45 nous sommes dehors. De confortable au départ, le chemin devient plus difficile mais le sous-bois est particulièrement agréable.
Nous avons prévu de court-circuiter le Sauvage qui ne présente d’intérêt que pour ceux qui veulent y passer la nuit. Pourtant, nous nous retrouvons soudain à 1 km de ce gîte. Nous nous sommes engagés sans le vouloir dans la déviation qui figure clairement dans mon guide. En fait, le chemin ne fait plus de crochet, il est en trace directe entre Chanaleilles et le Sauvage. La marche arrière est inutile, et risquerait même de nous égarer, nous passons donc devant la propriété.
(double-clic sur le bouton vert pour entendre le texte)
Nous arrivons à Saint-Alban par l’hôpital psychiatrique que nous traversons de part en part. Une petite ville dans la ville. Le gîte que nous visons se trouve au quatrième étage d’un hôtel. Le dortoir compte 16 lits, 1 WC dans le couloir extérieur, 1 douche et 2 lavabos. Nous disposons cependant d’une petite terrasse pour étendre le linge et aérer les chaussures. Nous y prendrons aussi le thé… L’endroit se révélera stratégique pour photographier la bête du Gévaudan fixée en-dessous de la croix qui surmonte le clocher.
Dimanche 9
A Chabannes-Planes, petite pause pour soigner les ampoules de mes pieds. Stéphanie (la Québécoise) nous dépasse sans avoir vu le message gravé par amitié dans le sable du sentier " vive le Québec ", et que pourtant nous avons entouré d’une rangée de pommes de pins pour le rendre plus visible. C’est vrai qu’elle est sympathique cette jeune fille, et pas du tout " tête folle ". Elle voyage seule, mais fait preuve de beaucoup de bon sens.
Thierry (autre Québécois) arrive à son tour et se propose (aussi !) de me soigner. Le chemin est en forte pente et profondément raviné ; il malmène les articulations et les muscles. " Ce sera un cañon dans 10 000 ans " nous dit un marcheur en nous dépassant.
Etape à Aumont-Aubrac.
La croix de l’oustalet. Jadis placée au carrefour des voies romaines, elle représente sur son fût la Vierge et l’Enfant, debout devant elle. En dessous, une coquille ou un bénitier.
(croix placée dans une niche du flanc sud de l’église)
Cette sculpture étrange, que l’on voit sur une façade de maison, peut s’apparenter à trois définitions :
- croix indoue swastika, symbole religieux d’adoration du soleil ;
- les quatre points cardinaux, les quatre saisons, les quatre cycles de la vie : l’enfance, l’adolescence, l’âge adulte, la vieillesse ;
- le monogramme de Jésus, JHS (ou IHS) : Iesus, Hominum Salvator (Jésus, Sauveur des Hommes) ou Iesus, Homo, Salvator (Jésus, Homme, Sauveur)
Lundi 10
Départ à 8 h 15, avec arrêt dans la plus proche boulangerie. Nous réalisons alors que la veille nous avons oublié de faire signer nos créanciales. Avant le départ, quelques courses alimentaires car il n’y aura pas de magasin en cours de route ni même à l’arrivée.
Après six jours de marche, la fatigue commence à se faire sentir. Nous cheminons un moment avec les Québécois.Nous prenons notre petit repas de midi sur une aire de pique-nique aux tables et bancs de pierre. Nous sommes au pays de Louis Dalle. Un Allemand, qui se déplace avec difficulté, est déjà installé. Il vient (à pied,dit-il) de Munich.
Au bord du chemin, un panonceau avertit : attentions, très nombreuses vipères. Effectivement, un peu plus loin, une vipère gît sur la route, écrasée comme une crêpe.
Nous redoublons de prudence et regardons où nous posons les pieds.
Au gîte, nous prenons place dans une yourte. Deux femmes arrivent… en voiture. Elles parlementent avec le propriétaire, et s’installent avec nous. Elles avaient réservé pour demain soir.
Petit tour au hameau de Rieutort-d'Aubrac pour dessiner. Un Parisien passe devant la fontaine que je croque, immobilise sa voiture, s’extasie à haute voix, et sans mettre pied à terre, photographie la chose…
La salle commune du gîte est équipée d’une petite bibliothèque avec de nombreux ouvrages philosophiques. Repas du soir végétarien " bon pour les marcheurs "… et si léger qu’il doit encore être meilleur pour les comptes du gestionnaire ! (potage, galettes de lentilles, flan parfumé aux tanaisies– fleurs de la famille des chrysanthèmes). Puis, cours magistral de philosophie par la maîtresse de maison qui était professeur, chargée de recherche à Lyon. Désormais elle s’occupe du gîte avec son mari.
Peu après vingt et une heures, je n’en peux plus, et donne le signal du coucher. Tout le (petit) monde suit.
La yourte est d’autant plus agréable que nous ne sommes que quatre. Il y règne une ambiance feutrée très reposante. Pour Marcel, la partie consciente de son organisme désire-t-elle profiter le plus longtemps possible de ce bien-être ? il ne s’endormira pas avant 23 heures.
Mardi 11
Petit arrêt pour se désaltérer. On en profite pour tomber la polaire, malgré le vent. Et à cause du vent on la reprendra quelques minutes plus tard ! Puissamment soufflés au-dessus de nos têtes, de gros nuages glissent lourdement dans le ciel.
A Nasbinals nous faisons quelques courses pour midi. Des touristes nous dévisagent du haut de leur car, comme si nous étions des singes dans un zoo. Au pont de Pascalet, un panneau et des rubans interdisent le passage. Une décision préfectorale prise par précaution sanitaire : il y aurait des risques de charbon dans les élevages.
Nous franchissons le col d’Aubrac (1340m ) dans le vent.
Peu avant Aubrac, Stéphanie est dans un pré et se dore au soleil. La draille nous conduit lentement vers le refuge que nous espérons dans la tour des Anglais.
Nous prenons le casse-croûte quotidien au pied du monument aux morts. Karl, un Belge, qui passait par là, se propose – avec persuasion – de soigner mes pieds.
Nous prévoyions de coucher ici (dans la tour des Anglais) mais si la nuitée est à bon compte, le dîner dans les resto du coin n’est pas au tarif pèlerin. Nous avons d’ailleurs appris qu’Aubrac a été l’objet d’une spéculation foncière d’une personne qui a quasiment fait main basse sur le site. Nous décidons de poursuivre. Bonne pioche : nous apprendrons par la suite que le refuge est infesté de punaises des lits. Info ou intox ?
Le chemin se poursuit par une descente difficile, empierrée. Et puis enfin une table et des bancs, un luxetrop rare pour ne pas s’y arrêter un moment, le temps de boire un petit coup – d’eau !
A notre arrivée à Saint-Chély d'Aubrac, Karl, qui nous rejoint, cherche un terrain de camping. Pour lui les gîtes (et les restaurants) sont trop chers en France. Pour nous aussi, c’est pourquoi nous mangeons au gîte lorsque c’est possible.
Nous allons aussitôt à l’Office de tourisme. Fermé jusqu’à 16 h. Nous retournons vers le gîte pour voir ce qu’il en est. D’après la liste déposée sur une table, à l’entrée, tous les lits sont réservés. Marcel, perplexe, est sur le point de se retirer lorsqu’un résident attire son attention sur deux noms rayés, des désistements. C’est trop beau. Nous pouvons nous installer.
Il y a cinq chambres, la nôtre est à 5 lits. Ce gîte municipal est comme neuf. Il offre une vaste salle commune avec cuisine équipée. Une imposante tribu de Canadiens prépare bruyamment le repas et s’attable. Il est 18 h. Nous, les autres, pouvons espérer disposer des lieux à 19 h. Ce sera un peu plus tard.
Mercredi 12
Arrêt à l’Estrade où un point de ravitaillement a été installé sous un préau. Café, brioche sont proposés aux marcheurs (pas gratuits évidemment). Et eau à volonté.
La descente qui suit est longue et pénible. J'ai mal au genou. Thierry nous dépasse. Il s’inquiète de Stéphanie qui a quitté le refuge avant lui. Nous ne l’avons pas vue non plus. Nous espérons qu’il ne lui est rien arrivé… Le temps est au beau, peut-être s’est-elle reposée dans un pré, à l’écart, comme nous l’avons déjà vue faire.
Nous mangeons vers 13 h, et arrivons à 14 h au couvent du Malet où nous passons la nuit.
Jeudi 13
La montée qui se profile bientôt est rude. Nous marchons dans la brume qui lentement se dissipe.
Au terme de cette difficile côte nous arrivons au pied de Notre-Dame-de-Vermus ou nous nous restaurons de quelques céréales et biscuits. Je constate un fait étonnant : contrairement à ce que l’on trouve habituellement en de tels lieux du Chemin, il n’y a pas, au pied de la statue, de cairn construit par les pèlerins…
Nous en aurons bientôt l’explication.
Dans la descente nous croisons une jeune femme équipée en tout et pour tout d’un minuscule sac à dos. Explication. Elle a laissé son minicar à Espalion et rejoint maintenant son groupe à Saint-Côme. Nous savons maintenant avec certitude comment des " pèlerins " peuvent arriver le soir à l’étape, en pleine forme physique…
Nous contournons Espalion par un important complexe sportif et ludique. Camping aussi. Des pêcheurs ont les pieds dans l’eau, tout près du Pont Vieux.
Marcel a faim, il lui serait agréable de s’arrêter… Pour la pause nous profiterons d’un banc, au bord de la route.
Heureusement, il y a peu de circulation
Nous passons Bessuéjouls.
Nos gourdes sont vides, la montée difficile, il fait chaud. Je porte ma croix !
A Trédou nous frappons à un portail. Dans la maison, une mamie est entre les mains de sa coiffeuse qui nous observe par moments. Dans une indifférence totale. Nous poursuivons.
Heureusement, dans le hameau suivant, le cimetière met à notre disposition son point d’eau.
A la porte de l’église, l’histoire de ce pèlerin qui arrive au Paradis et jette un regard sur son parcours jalonné de deux paires de pas. Il s’en étonne. " Les traces, près des tiennes, sont les miennes " lui dit Dieu. " Oui, bien sûr, mais par endroits, il n’y a plus qu’une paire de pas, et c’est justement dans les moments les plus difficiles ! " lui répond l’homme avec amertume. Il s’entend alors répondre : " Ce sont mes traces, lorsque je te portais… ".
Enfin ! La cité d’Estaing, avec le château qui la domine, est en vue.
Au terme de l’étape nous découvrons deux pèlerines, parties après nous du Malet, qui sont déjà installées… Sur conseil d’une hospitalières, elles ont suivi le Lot (et ne sont donc pas montées à la Vierge). Cela justifie encore ma réflexion précédente, et nous explique l’absence de cairn. Les marcheurs contournent la montagne !
Le gîte, dans une ancienne maison de maîtres marquée 1774, se compose de deux chambres. La première, en entrant, est à 10 lits, la nôtre à 6. Nous y serons seuls.
Repas du soir sensiblement le même qu’à Rieutort-d’Aubrac. Autrement dit pas plus reconstituant après des heures d’effort physique. Pas étonnant que l’on perde deux ou trois kilos après deux semaines de marche ! On a beau nous dire que la viande et le fromage ne sont pas indiqués pour les efforts que nous fournissons… nous aimerions des menus qui tiennent un peu plus au corps. La sagesse paysanne affirme que c’est le ventre qui tient le dos (et non l’inverse).
Le soir, conversation à bâtons rompus. Au fil du temps nous nous poserons des questions quant aux engagements temporels et spirituels de ce couple hors du commun qui nous héberge. Notre hôtesse affirme : " accueille un marcheur comme randonneur, il deviendra randonneur ; accueille un marcheur comme pèlerin, il deviendra pèlerin ".
Vendredi 14
Départ à 8 h 30 après la vaisselle du petit déjeuner faite avec les hospitaliers (ils sont deux, qui assurent les tâches matérielles du gîte : ménage, repas, jardin). Nous n’étions pas aux laudes : nous sommes restés à l’écoute de nos pauvres corps…
Partis comme toujours avec la polaire, nous la quittons après trois kilomètres de marche le long du Lot. Car après un tronçon sur route, nous revoilà en pleine et rude ascension. Les sentes abruptes alternent avec des tronçons de macadam.
Alors que nous échangeons quelques mots avec un couple que nous suivons ou précédons alternativement, arrive Stéphanie. Nous voilà rassurés. Comme envisagé, elle s’était assise à l’écart, et a vu passer Thierry sans être repérée. Nous faisons un petit bout de chemin avec elle. Nous n’insistons pas car nous savons qu’elle aime à marcher seule.
Il est 13 h 30 lorsque nous entrons à Golinhac où nous passons la nuit dans un gîte intégré au terrain de camping.
Dans l’église, deux étranges vitraux de chœur égrènent les noms des morts pour la patrie.
Samedi 15
Réveil à 7 h 45, départ à 8 h 30. Il y a du relâchement dans l’air !
Le ciel est limpide et nous n’avons pas besoin d’enfiler la polaire.
Descente vers Le Soulié.
Le pèlerin, éternel marcheur…
Au hameau, un banc nous tend ses bras de bois pour une pause. Les araignées décorent les genêts de touches blanches.
A midi nous entrons dans Sénergues. Nous restons dans le square proche de l’église pour notre repas, puis allons au gîte. Il ne reste que 3 places. Nous nous inquiétons du dortoir : il n’existe plus, ne restent que des chambres (ce n’est évidemment pas le même prix !). Nous comprendrons rapidement : le standing a changé, le gîte est devenu un véritable hôtel. Dans le couloir, des sacs de voyage livrés par " Transbagage " attendent les " pèlerins ".
Petite sieste puis nous retournons au square pour dessiner la croix de pierre.
Dimanche 16
Nous partons à 8 h 30. Je note sur le livre d’or du gîte : "est-ce un hôtel ou un gîte". Nousguettons la vue sur Conques que l’on nous a dit superbe. En vain, ce n’est qu’au moment d’arriver sur la route que nous apercevons l’église. Ceux qui nous ont vanté l’arrivée doivent être passés en hiver, au milieu des arbres dénudés… Ou alors par un autre chemin…